Jardins du château de Champs-sur-Marne : suivez le guide !
Jusqu’à présent, on pouvait y flâner au hasard des allées. Désormais, on peut profiter des commentaires éclairés d’un guide et pratiquer un circuit de randonnée. L’occasion de mieux apprécier un parc unique en son genre, labellisé « jardin remarquable » par le ministère de la Culture.
Lorsqu’il pénètre pour la première fois dans la sobre cour d’honneur du château, le visiteur ne s’attend pas à trouver au-delà de la demeure un des plus beaux jardins de la région… 85 hectares de pelouses, de terrasses et de bosquets, orientés plein nord, s’offrent alors à son regard ébahi : « Quand Louis Cahen d’Anvers s’installe en 1895 avec sa famille, son objectif avoué est d’en mettre plein la vue à la haute société et aux personnalités de l’époque, comme Marcel Proust, Isadora Duncan ou le roi d’Espagne qu’il accueille régulièrement », raconte Clotilde Petesch, notre guide du jour. A cette fin, le richissime banquier fait appel à un paysagiste que toutes les grandes fortunes s’arrachent, Henri Duchêne, pour restaurer des jardins laissés à l’abandon. Conçu à l’origine par Claude Desgots, élève surdoué et petit-neveu de Le Nôtre, le parc a subi bien des transformations : mis en culture à la Révolution, il cède au début du XIXe siècle à la mode du parc à l’anglaise. Mais à l’orée du siècle dernier, la mode est de nouveau au jardin ordonnancé. Le paysagiste décide donc de procéder à Champs comme son fils Achille le fera plus tard à Vaux-le-Vicomte et dans les 8.000 jardins qu’ils restaureront à eux deux dans le monde entier : en revenant aux sources du jardin à la française.
Une perspective de 500 m
En s’aidant des plans anciens, ils mettent au jour les fondations des anciennes terrasses et bassins, et font renaître l’esprit du jardin initial, avec ses allées droites, ses bassins et ses sculptures. Les Duchêne veillent cependant à intégrer des éléments caractéristiques de leur travail : terrains de boule anglaise (le fameux « boulingrin »), arbustes taillés bas et autres broderies ouvertes parsèment le jardin : « Au XXe siècle, on ne vit plus à l’étage comme au XVIIIe siècle. Duchêne a volontairement rabaissé la hauteur des jardins de façon à ce qu’ils soient vus et appréciés depuis le rez-de-chaussée de la maison. Les broderies ne dépassent pas 20 cm de hauteur. Il est d’ailleurs amusant de remarquer que Le Nôtre les fermait systématiquement. Celles des Duchêne sont ouvertes d’un côté pour donner l’illusion, depuis le château, qu’on peut y pénétrer », poursuit l’employée au Centre des monuments nationaux. La vue depuis le château, prodigieuse, permet de balayer d’un seul regard une longue perspective qui mène jusqu’à la Marne, en contrebas. « Duchêne était à ce point savant qu’il a réussi à concevoir une vue qui masque le dénivelé. Depuis le château, on n’imagine pas une seule seconde qu’il existe des terrasses et des escaliers sur 500 mètres ».
Un salon d’été très rare
Entretenu quotidiennement par sept jardiniers, le parc est restauré année après année selon l’importance des crédits alloués par le ministère de la Culture. Dernièrement, la statue de Diane chasseresse a ainsi été rafraîchie, contrairement au salon de Madame, dont la rénovation nécessiterait plusieurs centaines de milliers d’euros au bas mot. « Ce magnifique salon d’été est constitué d’un décor de treillage en chêne sous lequel Mme Cahen d’Anvers venait déguster avec ses enfants crèmes glacées et boissons fraîches. On n’en trouve nulle part ailleurs, hormis à Compiège et à l’hôtel Matignon », précise notre guide. Mais, au-delà de ses sculptures et décorations, la plus grande réussite des jardins du château de Champs-sur-Marne réside sans doute dans la parfaite harmonie qui règne entre le jardin à la française et le parc paysager à l’anglaise, qui a en partie subsisté depuis le siècle des Lumières. Situés à la périphérie du parc, ces bosquets abritent des chemins sinueux, des clairières ombragées et quelques surprises, comme cette cuve baptismale romaine du XVIe siècle, les vestiges d’un terrain de tennis, une orangerie ou encore cet if gigantesque qui, dit-on, fut planté là par Bossuet lui-même… Autant de lieux magiques et d’anecdotes que seuls les commentaires d’un guide vous permettront d’apprécier pleinement.
Visites commentées du jardin : tous les week-ends jusqu’à la fin septembre, à 14h30 et 16h30. La semaine sur réservation. Château de Champs-sur-Marne, 31 rue de Paris. Tél. : 01 60 05 46 35.