L’entourage de Mohamed pleure sa disparition
Dans le cercle familial, professionnel ou sportif, tous louent les qualités humaines de Mohamed.
C’est avec un mélange de pudeur et d’hospitalité, typiques à tant de familles maghrébines, que les Laïdouni nous ont accueillis pour évoquer le tragique destin de Mohamed. Depuis le drame du 26 juin, sur l’A13, qui a ôté la vie à ce jeune homme de 30 ans, cousins, tantes et amis se relaient au chevet de ses parents proches, dans l’appartement familial du quartier de l’Arche-Guédon, à Torcy. S’il refuse de revenir sur les faits (« Notre famille préfère garder le silence sur le sujet. L’enquête est aux mains de la police. Nous avons pleinement confiance en la justice française »), Kader, le cousin germain de la victime, accepte de parler de l’épreuve traversée par les siens : « C’est dur, très dur. Nous sommes effondrés. Nous n’arrivons pas à accepter ce qui arrive. Ses frères, sa mère, sa femme se réveillent en pleine nuit pour l’appeler. Ils se refont le scénario de ce qui s’est passé, en se disant : et pourquoi, pourquoi ? Mais la religion nous aide à tenir car on se dit que là était le destin de Mohamed. » Avant d’évoquer la personnalité de son cousin : « Je le considérais comme mon propre frère. C’était un jeune homme plein de vie. Il s’était marié il y a un an. Il disait souvent : "J’aurai trois enfants". Il projetait d’acheter un appartement, non loin d’ici de toute façon car il était très "famille". Il travaillait dur pour économiser de quoi réaliser son rêve. » Employé aux trois-huit dans une imprimerie de Lognes depuis cinq ans, il était affecté à l’une des rotatives de l’établissement où il occupait un poste de bobinier. C’est lui qui recevait les bobines, les préparait, les montait et gérait les stocks. Depuis quelques temps, il s’essayait à la fonction de premier conducteur, poste qui demande le plus de responsabilités sur la machine. Son patron, Jean-François Calarnou, se souvient d’un jeune homme sérieux et ambitieux : « Quand nous l’avions embauché en intérim, il y a cinq ans, nous avions tout de suite su à qui on avait affaire : une personne sociable, ponctuelle, de parole, précise et rigoureuse. C’était un jeune plein d’avenir, gai et souriant. Il voulait fonder une famille. Et ça se voyait : il ne ménageait pas sa peine. Il avait de l’ambition. » L’annonce de son décès en début de semaine dernière a été un grand choc pour les 160 employés de l’imprimerie.
« Nous avions parié un McDo sur l’équipe d’Algérie »
En particulier pour l’un de ses collègues, Jérémy : « Quand j’ai appris la nouvelle, je me suis effondré. Je n’avais plus envie de travailler. On s’était quitté sur un pari, celui de savoir si l’Algérie allait se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde. Le perdant s’en tirait pour un McDonald. Mais on ne sait jamais revu. Cette semaine, il devait travailler avec moi à la « 80 pages » (nom de la rotative, ndlr). C’était quelqu’un d’arrangeant. S’il devait assurer la transition entre deux collègues, pendant une heure, il ne râlait pas. Il était respectueux, souriant, travailleur. Je sais qu’il donnait de l’argent à son frère, qui était plus jeune que lui, pour l’empêcher d’être tenté de faire des bêtises. Ici, sans même connaître les détails du drame, on sait très bien que Momo n’est pas fautif. Ça ne colle pas avec sa façon d’être. Il nous arrivait souvent de parler autour de la machine à café. On se retrouvait aussi parfois le dimanche pour aller faire un foot entre collègues. » Le football, LA grande passion de Mohamed. Supporter des Verts (il était originaire de Saint-Etienne), il remplissait chaque dimanche les cases du loto sportif avant de rejoindre ses coéquipiers de l’ASC Lésigny, à quelques kilomètres de chez lui. Il avait rejoint il y a trois ans le club sur le conseil de son cousin Samir, où il occupait le poste de milieu droit. Emmeric Gonzalez et Bilali Diao ont été ses entraîneurs successifs : « Mohamed était un amoureux du ballon rond. Son envie et sa motivation étaient immenses. Dès qu’il en avait la possibilité, il venait s’entraîner, même trois-quarts d’heure, juste avant d’aller au boulot. C’était un battant, quelqu’un qui tirait constamment le groupe vers le haut. Il n’avait jamais un mot plus haut que l’autre sur le terrain. Il était poli, courtois et venait systématiquement serrer la main des supporters. Mais surtout, c’était quelqu’un de bien. S’il n’y avait que des jeunes comme lui sur les terrains de football, il n’y aurait plus de problèmes. »
Les hommages se multiplient
Partout où il est passé, Mohamed a laissé de bons souvenirs. C’est pour rendre hommage à ce bon camarade que le personnel de Roto France Impression a décidé d’observer lundi, en début d’après-midi, une minute de silence : « Nous avons tous décidé d’offrir l’équivalent d’une journée de RTT à la famille de Mohamed », confie Meziane. Même émotion au sein de l’ASLC Lésigny. Mercredi dernier, quarante joueurs du club, une dizaine d’encadrants, plusieurs commerçants ainsi que des élus se sont réunis au stade de la Maison-Blanche pour célébrer la mémoire du disparu. « Bilali a animé une prière, car Mohamed était musulman pratiquant, raconte Dominique Allory, le président du club. Nous avons réalisé une collecte et adressé un mot à la famille. Nous leur avons aussi restitué le maillot de Mohamed, qui portait le numéro 8. »