Recours rejeté pour Joseph Loua
La cour administrative d’appel de Paris a rejeté la semaine dernière le recours de Joseph Loua visant à annuler son arrêté d’expulsion. A moins de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat, l’éducateur guinéen est désormais susceptible d’être expulsé à tout moment.
Les choses se corsent pour Joseph Loua. L’éducateur sportif, qui tentait de faire annuler l’arrêté d’obligation de quitter le territoire, prononcé l’an dernier par la préfecture de Seine-et-Marne, vient d’essuyer un cinglant refus. Le second en quelques mois. Après le tribunal administratif de Melun, en octobre dernier, la cour administrative d’appel de Paris a donc rejeté à son tour le recours déposé par l’athlète retraité. Ni ses antécédents sportifs (médaille d’or aux jeux de la Francophonie en 1997, qualifié pour les JO de 1996 et de 2000), ni la santé fragile de sa femme (elle est atteinte d’une maladie génétique du sang, la drépanocytose), ni le fait que les Loua ne soient pas la bienvenus en Guinée, n’auront donc suffi à faire infléchir la position des juges. Le jugement, à peine connue, suscite déjà la critique des élus locaux de gauche. Le maire socialiste de Chelles Jean-Paul Planchou évoque ainsi une décision « scandaleuse, et même stupide » : « Il n’existe pas d’adjectifs assez sévères pour qualifier cet arrêt. Les juges prennent des décisions en fonction des textes de loi en vigueur. Mais je sais aussi la marge d’interprétation que l’on peut avoir vis-à-vis de ces textes. Avec les soutiens qui s’étaient fédérés autour du Joseph, nous avions bon espoir. Il y a de quoi désespérer de la République. » L’indignation est également palpable dans la bouche de Christian Synowiecky. L’élu de la majorité municipale, qui préside la principale association d’athlétisme de la ville, a été l’un des principaux soutiens du sportif au cours de ces derniers mois.
« Le recours au Conseil d’Etat a peu de chances d’aboutir »
« Je ressens une grande amertume. Je ne comprends pas cette décision. Joseph Loua ne mérite pas ça. Un garçon exemplaire comme lui ne mérite pas ça. Rama Yade, Roselyne Bachelot, Eric Besson et Nicolas Sarkozy n’ont même pas daigné répondre aux courriers qui leur ont été envoyés. Il fut un temps où les sportifs médaillés bénéficiaient d’une pension à vie. Tout cela, c’est fini… » Le son de cloche est identique du côté de la section communiste locale : « Cette décision est en droite ligne des mesures discriminatoires mises en place par l’actuel gouvernement à l’encontre des sans-papiers. » Sur un plan strictement juridique, Joseph Loua dispose pourtant d’un ultime recours : le conseil d’Etat. Mais, comme le précise son avocate Sandrine Vergonjeanne, « le dossier ne sera pas réexaminé sur le fond. Le jugement rendu se fera sur le droit. Et en la matière, le conseil d’Etat confirme souvent les jugements pris par les juridictions inférieures. Tant qu’il existe un recours juridique, il ne faut pas hésiter à le solliciter, mais j’avoue que je suis assez pessimiste désormais ». Mais Joseph Loua le souhaite-t-il ? Injoignable depuis plusieurs jours, et même introuvable (voir encadré), l’ancien athlète semble avoir abandonné tout espoir de faire entendre sa cause par le biais d’un recours. En attendant, le comité de soutien du sportif, dont le noyau dur est constitué de militants de Réseau éducation sans frontières (RESF), appelle à la mobilisation : « Nous rendrons prochainement publiques nos propositions d’initiatives », annoncent-ils.
L’homme et sa famille sont introuvables
C’est en vain que l’on frappe à la porte de son appartement. Depuis plusieurs jours, Joseph Loua et sa famille sont introuvables. Ni son avocate, ni son comité de soutien ne sont parvenus à le joindre depuis que la décision de la cour d’appel de Paris est tombée. « Il vit très mal la situation. Il est aux abois », nous racontait un proche il y a quelques jours. Alors, où se trouvent Joseph, son épouse Marie et ses deux enfants ? Le clandestin a-t-il trouvé refuge chez sa famille, quelque part en France, lui qui possède quelques parents dans la métropole ? « Il lui arrive de partir trois-quatre jours », nous ont affirmé ses voisins.