Fiers de devenir Français

Publié le par Ludovic Francisco

 

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Comme elle le fait chaque mois, la sous-préfecture de Torcy a procédé mercredi dernier à la naturalisation de plusieurs dizaines d’habitants du Nord-Ouest Seine-et-Marne. Nous avons pu assister à une de ces cérémonies très officielles. Reportage.

 

C’est l’une des plus importantes pourvoyeuses de carte d’identités en France. La sous-préfecture de Torcy naturalise chaque année, au rythme de plusieurs dizaines par mois, plus d’un millier de personnes. Mercredi dernier, deux cents d’entre elles, de Chelles, de Torcy, de Pontault-Combault, de Champs-sur-Marne, étaient réunies dans le hall de l’administration pour acquérir la nationalité tant désirée. Des gens de toutes les couleurs, et qui, selon les statistiques, seraient majoritairement d’origine algérienne, marocaine, tunisienne et portugaise. Leur point commun à tous est de résider en France depuis un nombre d’années suffisant aux yeux de la loi française : « Il existe deux types de naturalisations, détaille le sous-préfet Michel Jeanjean. Le gros du bataillon provient des naturalisations par décret. Ce sont des personnes qui résident en France depuis au moins cinq ans et qui satisfont favorablement aux critères de notre République. Les autres naturalisations, minoritaires, proviennent des mariages. On l’appelle la naturalisation par déclaration. Pour l’acquérir, il faut être marié à un Français ou une Française depuis au moins quatre ans et pouvoir attester d’une vie commune. » Dans la salle de réception, l’excitation est palpable. Même si toutes les personnes présentes ont déjà reçu par courrier une notification de leur nouvelle nationalité, le moment est officiel, presque solennel.

 

« Beaucoup de demandeurs sont en France depuis longtemps »

 

Cette cérémonie, instituée en 2006, vise à renforcer la portée symbolique de l’événement. A la sortie, les demandeurs vont pouvoir récupérer leur carte d’identité directement au guichet. « A Torcy, nous la délivrons immédiatement, ce que ne prévoit pas la procédure officielle », s’enorgueillit le sous-préfet. Qui prend alors la parole, en rappelant d’emblée les grands principes et symboles qui fondent la République française : le triptyque liberté-égalité-fraternité, la laïcité, l’impôt, la séparation des pouvoirs, le droit de vote, l’universalité, le drapeau tricolore… Il conseille à chacun de se procurer la Constitution de 1958, « un texte clair, concis, qui en dit beaucoup », avant d’enjoindre l’assistance à chanter la Marseillaise. « Cet exercice n’est pas obligatoire », précise-t-il. Mais les nouveaux Français ne se font pas priés et c’est d’une seule voix qu’ils entonnent le refrain de Rouget de l’Isle. Pourquoi ressent-on le besoin, lorsque l’on est étranger résidant en France, d’obtenir la nationalité française ? « Je crois qu’à un moment donné dans leur vie, quelque chose fait penser à ces personnes que devenir Français, ne serait finalement pas si mal », répond pudiquement le sous-préfet. Lesquelles personnes ne réclameraient souvent leur naturalisation que des années après en avoir obtenu, légalement, le droit : « Oui, c’est le cas de beaucoup de Portugais, par exemple, qui sont arrivés dans notre pays il y a près de trente ans et qui ne se manifestent qu’aujourd’hui. Il est vrai que la carte de séjour offre à ses détenteurs un répit de dix ans, ceci pouvant expliquer cela. »

 

« Parler le français est le minimum »

 

L’examen de la candidature a lieu à la sous-préfecture, en présence des demandeurs. La rencontre se déroule dans un box fermé, à l’abri des regards. « Cela ne se fait pas au doigt mouillé, bien entendu, plusieurs critères sont examinés ». 75 % des demandes de naturalisation aboutissent. Seuls des « condamnations », des « dettes importantes contractées auprès de l’administration fiscale », des « problèmes d’intégration » ou « de compréhension des valeurs françaises » peuvent y faire obstacle. Le sous-préfet précise : « Sans aller jusqu’à lui demander de parler la langue de Châteaubriand, il est évident que si une personne ne prononce pas un mot de français, la nationalité ne lui sera pas octroyée. Mais cela s’applique aux valeurs de notre pays. Si, lors de l’examen du dossier, nos agents s’aperçoivent qu’un homme s’exprime continuellement au nom de son épouse, ils pourront être amenés à prononcer un avis défavorable. Enfin, pour prendre un cas extrême, le cas d’une femme se présentant en burqa serait pour nous rédhibitoire. Mais pour tout dire, cela ne s’est encore jamais produit dans nos murs. » Un séjour irrégulier sur le territoire ou l’accueil d’un clandestin sont quant à eux des motifs, non pas de refus, mais d’ajournement de la décision. « Deux ans en général », conclut le représentant de l’Etat.

L.F.

 

Ils ont voulu devenir Français

Il existe mille et une bonnes raisons de devenir Français. Celles qui ont convaincu Pathé, ingénieur informatique installé à Lognes, de demander sa naturalisation, sont essentiellement économiques : « Je suis originaire du Sénégal. Là-bas, créer son entreprise est très compliqué. Il faut souvent posséder un ami dans la politique ou une connaissance haut placée. Si ça n’est pas le cas, l’administration vous met des bâtons dans les roues. Ici, tout est plus facile quand on veut entreprendre. Seul le mérite et le travail comptent. » Installé depuis dix ans en France, Pathé réside à Lognes avec sa femme et ses deux enfants. Mustapha et Fatima en possèdent, eux, trois. D’origine marocaine, ils habitent à Champs. Lui occupe un poste de technicien aéronautique, elle est comptable. Pour eux, l’obtention de la nationalité française a été compliquée : « Notre demande initiale a été faite à Créteil. Il a fallu attendre deux ans pour obtenir un rendez-vous. Et quand nous l’avons eu, nos pièces étaient périmées. Ici, tout s’est passé beaucoup plus vite. » En France depuis dix ans alors que son épouse y réside depuis plus du double, Mustapha ne regrette pas son choix : « Au Maroc, beaucoup de diplômes n’offrent aucune issue. Quand par bonheur on obtient un entretien, il est rarement question de technique mais de relationnel. En France, on fait confiance au savoir-faire. » Plus surprenant est le cas de ce Vietnamien résidant à Lognes. Alors qu’il tentait en 1979 d’immigrer aux Etats-Unis, à bord des célèbres « boat people », il a été repêché par un bateau affrété par François Mitterand, Jean-Paul Sartre et d’autres intellectuels de gauche. « Nous avons alors été ramenés en France, où nous avons été régularisés. Mon frère aîné vivait déjà ici, mais je n’avais rien demandé. Au final, je suis content d’avoir croisé la route de ce bateau français. En trente ans, je n’ai jamais ressenti l’envie de quitter la France. Je crois qu’il était temps de devenir un citoyen à part entière de ce pays. »

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Publié dans société

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