Une petite Française bloquée au Mali
Née à Brou-sur-Chantereine en 2005, Fatoumata Keita est bloquée depuis trois semaines au Mali, alors que ses parents, qui résident en France, sont en situation régulière. Ubuesque.
S’occuper du sort de personnes parfaitement en règles : ça n’était jamais arrivé aux militants chellois de RESF (Réseau éducation sans frontières). C’est dire si la surprise a été grande lorsque la directrice de l’école Curie est venue les trouver, il y a une quinzaine de jours, pour leur signaler les problèmes rencontrés par la famille Keita. Le 1er janvier, Mahamadou et son épouse Mamou, accompagnés de leur fille de quatre ans, Fatoumata, décollent pour le Mali. Un mois de vacances qui doit s’achever le 3 février, par un retour tranquille à la maison. Sauf que, une fois à l’aéroport de Bamako, la petite famille se retrouve confrontée à un léger problème : les autorités maliennes refusent de laisser embarquer la petite Fatoumata. Motif : l’enfant ne possèderait pas de documents valables. Pourtant, Mahamadou et son épouse pensaient avoir tout fait dans les règles. Avant de partir, ils se sont adressés au consulat du Mali à Paris, qui leur a délivré un sauf-conduit tenant lieu de passeport pour l’enfant. Ils ont en outre pris soin d’emporter avec eux un extrait d’acte de naissance et un livret de famille. Quant aux parents, ils possèdent tous deux une carte de résident en cours de validité. A l’aller, la présentation de ces documents leur avait suffi à passer la frontière. Mais, au retour, les agents frontaliers sont intraitables. Le couple décide alors de se scinder : monsieur reste à Bamako avec sa fille, tandis que madame revient un France. C’est, leur assure l’administration, l’affaire de quelques heures, le temps de procéder aux vérifications nécessaires.
« Elle passe son temps à pleurer et à réclamer sa mère »
Mais les jours passent, et rien n’évolue. Mahamadou, qui possède un emploi de chauffeur au sein d’une entreprise de Croissy-Beaubourg, risque, en raison de son absence, le licenciement. Mamou, de son côté, souffre terriblement. Quand elle n’est pas au commissariat, où elle occupe un poste d’agent d’entretien, elle trouve du réconfort chez sa voisine, Mme Malloug, qui lui sert également d’interprète. Une larme coule sur son visage dès qu’on évoque la distance qui la sépare de sa fille. Une enfant qui, d’après son père, joint à Bamako, « ne mange plus, passe son temps à pleurer et à réclamer sa mère. Je ne sais pas comment lui expliquer la situation. » « Ses camarades passent leur temps à demander son retour, déplore son institutrice, qui enseigne à la maternelle Curie. Fatoumata est une petite fille très agréable et très intéressée par ce qui se passe à l’école. A son retour, nous mettrons tout en oeuvre pour rattraper le temps perdu. » Mais le retour ne semble pas pour tout de suite. Depuis trois semaines, une partie de ping-pong administratif semble se jouer entre le consulat et la préfecture de Seine-et-Marne. « Nous avons déjà fait parvenir à ces deux administrations un certificat de scolarité et une photo de Fatoumata, mais sans résultat », soupire Judith Lakatan, représentante des parents d’élèves. Au sein de RESF, on se perd en conjectures : « Les autorités ont une peur folle du trafic d’enfants. Il paraît qu’une autre Fatoumata Keita habite à Créteil. Mais on n’a pas besoin de séparer un enfant de sa mère pendant trois semaines pour vérifier l’identité d’un enfant ! » Enfin, du côté des élus de la majorité (PS), la perplexité règne : « Nous aimerions savoir ce qui se passe, déclare Jean-Marc Ferrand, vice-président de la communauté d’agglomération. Les services de la mairie font leur possible pour obtenir des réponses, mais ça n’est pas facile. En tous cas, il serait bon de dévérouiller cet imbroglio administratif. La famille Keita a tout notre soutien ».