L’appel au secours d’une mère de famille

Publié le par Ludovic Francisco

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Dans la crainte de vivre dans la rue avec son fils de neuf ans, Donatella Perrone nous livre son ras-le-bol contre une société qui, dit-elle, refuse de lui tendre la main.

 

Au bout du rouleau. Donatella Perrone, 39 ans, n’en peut plus. Depuis plusieurs années, le sort semble s’acharner sur cette femme, qui élève seule un enfant de neuf ans. Elle pensait s’en sortir, par ses propres moyens et dans la dignité. Elle commence à s’apercevoir combien c’est difficile, voire impossible. Etrangement, les soucis de Donatella ont débuté le jour où elle pensait enfin « se poser ». Titulaire d’une formation d’assistante commerciale, elle décroche en 2006 un emploi qui lui permet, via le fameux « 1 % logement », d’accéder à un F3 implanté dans le centre noiselien. Le loyer s’élève à environ 800 euros. Son petit d’ami de l’époque est d’accord pour en prendre en charge la moitié. Mais, alors qu’elle s’apprête à emménager, l’homme se désiste. La situation change du tout au tout… « C’était ric-rac. J’ai écrit à plusieurs reprises au bailleur, Domaxis, pour demander un appartement plus petit et plus adapté à mes moyens. Je n’ai jamais obtenu de réponse. Puis la crise est arrivée et le marché de l’intérim s’est effondré. Je me suis retrouvée au chômage et mon salaire a été réduit d’un tiers. Les dettes de loyer se sont accumulées. Au bout de quatre mois, j’ai dû plier bagage. » Exclue du système locatif, inscrite à la banque de surendettement, la mère de famille est contrainte d’emprunter des chemins de traverse. Un homme lui propose un petit appartement en sous-location... alors que le logement appartient à l’Office public d’habitat départemental (OPH 77). Une pratique évidemment interdite. Mais Donatella n’a pas le choix. Contre 350 euros, Donatella a un toit pour son fils.

 

Son hébergeur sous-loue un logement social

 

Mais quelques temps après leur installation, ils doivent faire de la place à une nouvelle sous-locataire. L’homme peu scrupuleux a apparemment trouvé un bon moyen de s’assurer une jolie rentrée d’argent : « Au lieu de diviser le loyer par deux, il m’a demandé de continuer à payer 350 euros. Puis un jour, ma colocataire est partie. Il m’a alors ordonné de lui verser le même loyer ! C’était évidemment impossible pour moi. Il a appelé la police pour m’expulser, en plein hiver. J’ai précisé aux policiers que ce couple sous-louait l’appartement sans l’autorisation du propriétaire, et qu’ils étaient donc eux-mêmes dans l’illégalité. Ils m’ont demandé de ne pas faire d’histoire. J’ai dénoncé ces personnes au bailleur mais ça ne change pas ma situation. » Une dénonciation qui ne tarde d’ailleurs pas à se traduire par des représailles : une semaine après l’expulsion, Donatella croise la route de l’épouse de son ancien hébergeur, au marché du Luzard. « Elle m’a frappée à la tête, par derrière. J’ai porté plainte, avec le soutien d’un témoin et de nombreux SMS de menaces qu’elle m’envoyait. Mais de façon incompréhensible, j’apprends quelques temps plus tard que l’affaire a été classée sans suite ! Depuis, j’ai écrit au procureur de Meaux et j’attends une réponse. » A la suite de cet épisode, une de ses amies, veuve et mère de famille, accepte de l’héberger dans son duplex. Mais la cohabitation finit par virer à l’aigre : « Elle s’est rapidement plaint de ne plus avoir d’intimité. On a convenu de repousser deux fois mon départ. Vendredi, il faut qu’on parte pour de bon ».


« Mon fils se fait traiter de SDF »

 

Au cours de ces trois dernières années, Donatella affirme avoir demandé de l’aide. A la municipalité, d’abord : « J’ai frappé à la porte de la mairie. J’ai demandé un rendez-vous à l’adjoint au maire. J’ai aussi écrit au maire, qui ne m’a pas répondu. Je l’ai croisé hier. Je lui ai expliqué ma situation mais il m’a dit qu’il ne pouvait pas grand-chose pour moi. » Aux services sociaux départementaux, ensuite : « Il y a trois ans, j’ai rencontré une première assistante sociale. Ça s’est passé à peu près bien. Mais lors des rendez-vous suivants, ça n’était jamais la même ! J’en ai rencontré sept au total ! Il n’y avait aucun suivi. Et, au bout du compte, presque aucun résultat. » Aujourd’hui sans toit, dans une situation financière plus que délicate (elle doit 14.000 euros de loyer), dans l’incapacité de se projeter en raison de la brièveté de ses contrats (elle enchaîne les missions d’intérim, comme actuellement au Centre scientifique et technique du bâtiment de Champs-sur-Marne), la mère de famille crie son ras-le-bol : « Je ne comprends pas pourquoi je galère comme ça. J’ai toujours travaillé, je paie mes impôts, j’ai toujours tout fait pour m’en sortir. Mais chaque fois que je demande de l’aide, on me la refuse. Moi je vois des sans-papiers, des gens qui ne travaillent pas, qui vivent dans des logements neufs ou sont hébergés à l’hôtel pendant que moi, je rame. J’ai l’impression que l’on méprise ceux qui veulent s’en sortir. Je n’ai peut-être pas le bon nom et la bonne couleur… », souffle la mère de famille, sans chercher à dissimuler une certaine aigreur. A ces soucis s’ajoutent ceux de son fils, qui prend de plein fouet cette série de mésaventures : « Jessy vit très mal la situation. Il se demande chaque jour où on va dormir, ce qu’on va devenir. Son maître de classe me dit qu’il ne travaille plus, alors que c’est un très bon élève. Il ressent des douleurs au cœur, je crois qu’il est très angoissé. A l’école, un garçon le traite de SDF. Mais Dieu merci, il est là. Sans lui, cela fait longtemps que j’aurais quitté ce monde. » Le dernier espoir de Mme Perrone : que la Maison départementale des solidarités lui octroie un bail glissant. Grâce à ce dispositif, la mère de famille aura la garantie d’être couverte par une association pour le paiement de son loyer. Un T2 a déjà été débloqué pour elle par l’OPH77, à Torcy.

 

Droit de réponse

 

A travers son témoignage, Donatella Perrone met en cause plusieurs organismes. Nous avons évidemment cherché à connaître leur version. Le seul à nous avoir répondu pour le moment est la Maison départementale des solidarités. Selon sa directrice, « tout le monde sait quelle est la situation du logement actuellement en France. Nos services ont jusqu’à présent fait le maximum pour aider cette femme ». En revanche, ni Anasthasio Diogo, adjoint au maire de la ville de Noisiel, ni la société Domaxis, n’ont souhaité réagir à ces attaques.

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Publié dans société

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