Champion du monde... d’air guitar !
En août dernier, Gunther Love, alias Sylvain Quimene, était sacré champion du monde de « air guitar ». Personnage déjanté et incontrôlable, cette nouvelle rock star a bien voulu nous éclairer sur cette discipline un peu particulière.
C’est avec un fort accent du Plat Pays que le jeune homme répond enfin à votre énième sollicitation téléphonique : « Bon bah, voilà, je pense que tu vas finir par faire un article où tu me démontes la tronche, une fois. Ma répétition est décalée à demain soir. C’est sûr, pour le coup. Yeah ! » Le lendemain soir, alors que se prépare un gros orage, le personnage se présente à vous. La confusion avec quelqu’un d’autre est impossible car il n’y a pas deux personnes comme Sylvain Quimene, alias Gunther Love : des lunettes improbables, une moustache empruntée à Freddy Mercury, une affreuse chaîne en or autour du cou, non, vous êtes bien en présence de l’hurluberlu recherché. Et puis, en cas de doute, il y a toujours cet abominable accent à la Poelvoorde pour vous rassurer que vous êtes bien face à la bonne personne. Sur scène, puisque c’est là qu’il s’est rendu célèbre en l’espace de quelques semaines, Sylvain Quimene, pardon, Gunther Love, pousse encore plus le délire. Costume moulant doré, regard exorbité, bouche désespérément ouverte comme s’il cherchait à gober les mouches, l’homme est une véritable pile électrique. De saltos en gestes frénétiques, comme possédé, il agite sa « air guitar » avec une énergie à rendre jaloux les petits lapins de Duracel. Nous avons voulu mieux connaître ce drôle de personnage. Ça tombe bien, le voilà qui approche.
Revenons une seconde sur cette finale à l’issue de laquelle tu as été sacré champion du monde de « air guitar »...
Ça s’est passée le 21 août, en Finlande. C’est la ville de Oulu (tu l’écris comme ça se prononce) qui a accueilli l’épreuve, devant 10 000 spectateurs. Ça a lieu là-bas tous les ans depuis qu’un type a eu l’idée de créer une fédération internationale d’« air guitar » et de réunir les meilleurs « air guitaristes » du monde. Pour la finale, on était vingt concurrents, jugés sur deux interprétations, l’une préparée, l’autre improvisée. Je suis d’abord passé sur un morceau de Rage Against the Machine, mixé avec Wolfmother et les Guns N’ Roses. Ensuite, sur « Animal » de Sweatmaster. C’est là que j’ai tout déchiré.
Pourquoi ton interprétation a-t-elle tant plu au jury ?
Trois critères entrent en jeu. L’« airness » (c’est-à-dire la souplesse dans l’air), la qualité du mime et le charisme. Ca tombe bien, je suis le meilleur dans les trois. Quand je branche ma « air guitar », je deviens un super héros. Le talent fait ce qu’il peut, le génie fait ce qu’il veut (clin d’oeil complice à Prokofiev). Je trouve qu’un champion du monde français de « air guitar », ça le fait bien dans un pays dirigé par un champion du monde d’« air politique ».
Aux néophytes, peux-tu expliquer en quelques mots en quoi consiste la pratique de la « air guitar » ?
C’est très simple ! La « air guitar », c’est le bon côté de la guitare, sans le mauvais ! Moi, je trouvais bête de ne pas faire profiter le monde des solos de Slash (guitariste des Guns N’ Roses, ndlr) que je faisais dans ma chambre. Tous les musiciens d’« air guitar » comme moi sont des types qui veulent avoir leur petit quart d’heure de gloire warholien. Je suis un peu un fonctionn’air de la musique.
Comment est née la « air guitar » ?
C’est grâce à Joe Cocker. En 69, il s’est présenté à Woostock dans un état d’ébriété avancé. Et il s’est mis à jouer sans guitare sur « With a Little Help from My Friends ». Depuis, de grands intellectuels s’interrogent sur le sens de cette pratique. J’en vois beaucoup qui essaient d’analyser le truc. Mais chercher un sens au « air guitar », c’est un peu comme chercher du sens à la pissotière de Duchamp.
Raconte-nous un peu ton parcours, tes débuts...
Mon histoire commence à Mons, en Belgique. Ayant bénéficié du statut de réfugié politique, je me suis exilé à Chelles, où j’ai été récupéré par le personnel des CuiZines qui m’a nourri et logé durant des années. (plus sérieux, mais pas beaucoup plus) Je dois beaucoup à Chelles. J’ai grandi au Mont Châlats, où j’ai récolté mes premières « air » bonnes notes, dès le CM2, avant de réussir brillamment mon « air » baccalauréat. La réussite scolaire, c’était très important pour moi. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un véritable « air business ». Me voilà millionn’air.
Tu vis depuis cinq ans dans la capitale. Que te reste-t-il de Chelles ?
Hormis les seringues dans le Parc du Souvenir, pour moi, Chelles, c’est avant tout Jean-Paul Planchou. Il a encore sa mèche ? (Affirmatif) Une mèche comme la sienne, il faut la déposer. Jean-Paul devrait faire un groupe, un truc dans le genre des BB Brunes. Ca cartonnerait, c’est certain. (subitement sérieux) Sinon, Chelles, c’est un peu la « Cité idéale »... pour les jeunes. Quand ça brûlait des voitures en banlieue, les jeunes de Chelles étaient à la Maison de l’image, au foot, au skate park, au théâtre... Faudrait que d’autres villes s’en inspirent. Bon, il faudrait qu’ils arrêtent quand même de bétonner juste pour dépasser les 50 000 habitants, mais sinon, Chelles, respect. Moi, je suis un enfant de Chelles.
Depuis ton titre de champion du monde, tu es devenu le chouchou des médias...
Normal, quand même ! Dernièrement, j’ai fait le JT d’ABC avec Jimmy Page (guitariste de Led Zeppelin, ndlr). Je suis aussi passé sur France Info, Canal + (sa petite amie, Daphné Bürki, y est chroniqueuse, ndlr) et sur LCI, où on m’a laissé commenter l’actualité pendant trente minutes. Je dois bientôt faire TF1 et, pour finir, « Chelles Contact ». La classe.
Où tout a commencé ?
J’étais à Belfort, aux Eurockéennes, quand je suis tombé sur le champion du monde 2007 et le champion de France 2006 de « air guitar ». Ils m’ont dit : "Tu seras notre successeur". En février, j’étais champion de Paris, en juin, champion de France. Du coup, je me suis qualifié pour le championnat du monde. Il fallait venir dans une excellente condition physique. En dessous de 0,25 grammes d’alcool dans le sang, t’étais disqualifié, direct...
Tu as fondé un « air groupe ».
Yeah ! Ce sont les Airnadettes. Le premier « air band » officiellement constitué dans le monde. Nous sommes sept filles et trois garçons, chacun avec son style. Cette année, on a déjà fait une soixantaine de dates. On joue de la « air guitar », mais aussi de la « air batterie », de la « air basse » et de la « air brosse à cheveux ». On a tourné en Suisse, aux States et même à la Cigale.
C’est quoi ton actu, ces prochains mois ?
En janvier-février, je viendrai faire un petit tour aux CuiZines. J’offre mon corps pour 8 000 euros. Et au mois d’août, je remets mon titre en jeu. Mais c’est déjà gagné. Sinon, mon nouveau challenge, c’est champion du monde de curling.