Un camp de Roms élit domicile dans le bois
Une dizaine de familles sont installées depuis une quinzaine de jours dans un sous-bois de la cité Descartes, près de la gare RER. L'Epamarne, propriétaire des terrains, réclame leur expulsion tandis que le maire de la ville se démène par crainte de voir le camp s'agrandir.
Il a beaucoup plu cette nuit. Dans ce petit sous-bois de la cité Descartes, près de la gare, l'humidité imbibe le sol. Sauf à marcher sur le feuillage mort, les chaussures s'imprègnent rapidement d'une boue grasse et épaisse. C'est pourtant ici qu'ont choisi d'élire domicile, il y a une petite quinzaine de jours, plusieurs familles de Roms. Une fois sur place, ils n'ont pas perdu de temps. En quelques heures, plusieurs cabanes ont été montées... avec les moyens du bord. Des branchages, des bâches, des draps, quelques planches, il n'en a pas fallu davantage pour se construire ces abris de fortune. Ce matin, le camp est calme. Deux ou trois enfants pataugent dans la gadoue tandis que deux hommes retapent l'entrée d'une cabane. C'est sans agressivité qu'ils font comprendre au visiteur qu'il est préférable qu'il s'en aille. Une femme approche. Elle porte un enfant sur le bras. Elle parle et comprend le français. Camélia, c'est son nom, nous raconte alors comment la police est intervenue le jour même de l'installation des siens, le 18 février : « Les policiers sont venus voir combien nous sommes, où nous vivons et dans quelles conditions. Ils nous ont aussi demandé notre identité. Nous voulons vraiment rester ici, permettre à nos enfants d'aller à l'école et travailler. Alors vraiment, le maire veut nous expulser ? » Camélia nous propose de parler avec celui qu'elle désigne comme le chef du camp. Un homme ventripotent sort d'une tente. Il se méfie. Nous lui demandons combien de personnes vivent ici. Les policiers auraient dénombré en tout neuf cabanes.
« J’ai construit cette cabane tout seul »
« Nous sommes cinq familles, pas plus. Il y a une dizaine d'enfants. Nous sommes venus directement de Craiova, en Roumanie. Là-bas, il n'y a pas de travail, surtout pour nous les Roms. Nous avons cherché plusieurs endroits pour nous établir. Celui-là nous a semblé le meilleur. » Beaucoup moins méfiants, les enfants cherchent à nouer le contact. Ils veulent absolument une photo. L'un d'eux joue avec une branche, l'autre tient une bouteille de cola bon marché. Nous pénétrons alors dans la cabane des parents de Camélia. Son père nous montre le poêle à bois qu'il essaie tant bien que mal de rafistoler. Quelques brindilles ramassées autour de la cabane permettent aux occupants de se réchauffer. « Regardez ! Je l'ai construite tout seul », déclare fièrement le pater familias en désignant sa charpente faite de bric et de broc et le sol protégé de la terre par des films de plastique. Son épouse fait réchauffer une choucroute en conserve, que des membres du camp sont venus livrer ces derniers jours, parmi d'autres denrées. Elle lance : « La choucroute, c'est un plat français, n'est-ce pas ? Tu veux manger avec nous ? » Nous lui demandons combien de temps elle compte rester ici avec sa famille : « Deux ou trois mois », répond-elle spontanément. Le mari rectifie : « Non ! Ce sera sans doute plus long. » « Il faut dire la vérité, intervient Camélia. Nous ne sommes pas bien ici. Mais nous n'avons pas où aller. Alors on se contente de cette situation. » Une peur collective maintient le camp en éveil : celle de voir les forces de l'ordre débarquer et exécuter et l'expulsion.
Le tribunal statue aujourd'hui
C'est aujourd'hui que le tribunal de grande instance de Meaux examine la situation des Roms et décide ou non de leur expulsion. Cette procédure fait suite à un référé déposé par le propriétaire des terrains, l'Epamarne, l'établissement public qui assure, pour le compte de l'Etat et des collectivités, l'aménagement du territoire de Marne-la-Vallée. Les détails de Mathilde Charpentier, directrice de la communication : « Un huissier de justice s'est rendu sur place, dès le lendemain de l'installation du camp, pour dresser un procès verbal, avec référencement des personnes sur place et relevé d'identités. Environ vingt personnes ont été dénombrées. Mais aujourd'hui, de nouveaux baraquements sont en construction et les personnes pourraient donc être plus légèrement plus nombreuses. Ces terrains correspondent à des emprises prévues à l'origine pour la desserte de l'A103, qui n'a jamais vu le jour. Ils sont inscrits dans le cadre d'une urbanisation future du lieu. » Par ailleurs, dans un courrier daté du 23 février, Maud Tallet demande au préfet de Seine-et-Marne de prendre « toutes les mesures possibles pour que cesse l'agrandissement de ce camp ». Contacté par nos soins, Michel Guillot n'a pas souhaité faire de commentaires pour le moment.